La famille Frère poursuit son retrait stratégique de GBL tout en versant des dividendes élevés

Ian Gallienne (à droite) avec son beau-père Albert Frère sur une photo d’archive datant de 2012. (Photo : Belga Images)

La holding cotée en bourse GBL augmente son dividende de 2,5 % pour le porter à 5,125 euros par action. Environ 87 millions d’euros de cette somme reviendront à Ségolène Gallienne-Frère et 29 millions à son demi-frère Gérald Frère. Les deux enfants de feu Albert Frère confirment ainsi qu’ils prennent de plus en plus leurs distances par rapport à la holding que leur père a su bâtir et qui pèse aujourd’hui encore plus de 10 milliards d’euros à la Bourse de Bruxelles. Le tournant décisif remonte exactement à un an, lorsque, en mars dernier, Ian Gallienne, aujourd’hui âgé de 55 ans et gendre d’Albert Frère, a confié la direction opérationnelle de GBL à Johannes Huth, un manager allemand pragmatique de dix ans son aîné. Gallienne a dirigé GBL pendant 14 ans, mais n’a pas réussi à redéfinir le profil de la holding. « Compte tenu de l’évolution toujours plus rapide du monde, nous aurions dû faire preuve de plus de souplesse avec nos participations », a répondu Gallienne en 2023 à un journaliste qui lui demandait s’il regrettait certaines choses.

Albert Frère est décédé en 2018 à l’âge de 92 ans. Au cours de sa vie, il s’est constitué un impressionnant réseau de contacts dans le monde financier et industriel. En tant que produit de son époque, ce réseau était ancré dans l’industrie lourde et les structures soutenues par la politique. Ces intérêts s’étendaient de l’industrie sidérurgique aux raffineries de pétrole, en passant par les médias. Là où Frère a échoué, c’est dans l’organisation de sa propre succession familiale. Son fils Gérald ne manifestait guère d’intérêt pour le monde de la haute finance, tandis que sa fille Ségolène avait choisi de s’installer à Londres, loin de la gestion opérationnelle de l’empire de son père. Il en allait autrement de son mari, Iann Gallienne, qui était quant à lui disposé à s’impliquer dans la gestion opérationnelle. Albert Frère a lui-même tenté d’associer son petit-fils Cédric, fils de Gérald, au groupe. Mais c’est finalement Gallienne qui s’est retrouvé à la tête de GBL.



Les défis n’étaient pas des moindres. Gallienne devait transformer le lourd paquebot GBL en un navire plus maniable et plus rentable. Et il n’y est parvenu qu’à moitié. En 2023, alors qu’il était à la tête de GBL depuis un an, il a procédé à une analyse critique de sa situation. Sous sa direction, GBL a perdu 5 % de sa valeur, tandis que d’autres holdings, comme Sofina de la famille Boël ou Brederode de la famille Van der Mersch, ont réussi à faire grimper leur valeur de manière significative. « J’ai envisagé d’annuler l’interview, mais ce ne sera jamais le bon moment », a déclaré l’ancien PDG à l’époque. « Nous sommes dans une période de transition. C’est un parcours et nous en sommes au milieu. » Sous sa direction, des entreprises industrielles à croissance lente telles que Total et Engie ont été remplacées par des entreprises présentant un plus grand potentiel de croissance. Par ailleurs, une expansion vers le capital-investissement et la gestion de fortune a été mise en place. « Compte tenu de l’évolution toujours plus rapide du monde, nous aurions dû faire preuve de plus de souplesse dans la gestion de nos participations. » C’est ainsi que Gallienne répond à la question de savoir s’il regrette certaines choses. En tant que PDG, il a vendu pour un demi-milliard d’euros d’actions Pernod Ricard alors que le titre avait chuté de 13 %. Avant cela, il avait déjà cédé pour un demi-milliard d’euros d’actions Adidas, alors que le titre avait perdu la moitié de sa valeur en 2022.

Gallienne est ainsi resté à l’écart de l’engouement naissant pour les investissements technologiques. « Je n’investis pas dans des domaines que je ne comprends pas. Je crois que l’intelligence artificielle est une évolution importante, contrairement au métaverse, dont tout le monde parlait il y a deux ans. Heureusement, nous n’y avons pas investi. » Avec son épouse Ségolène Frère, Gallienne a toutefois fondé le family office FB Bros. Celui-ci gère, avec sa propre équipe, les intérêts personnels du couple et est indépendant de GBL. « FB Bros compte une douzaine d’investissements. Nous sommes présents dans la maroquinerie, le champagne et les cosmétiques, mais d’autres secteurs ne sont pas exclus. Je n’ai pas le temps de m’occuper du family office pour l’instant, mais je peux imaginer en prendre la direction un jour. » Gallienne sera-t-il encore PDG de GBL dans dix ans, lui a-t-on demandé en 2023 ? « Dans cinq ans, oui. Dans dix ans, je ne sais pas. En tout cas, la passion est toujours là », a déclaré Gallienne.

En 2025, soit plus tôt que prévu, l’Allemand Johannes Huth a pris la tête de GBL. Le dirigeant a accéléré la transition de GBL, qui est passée d’une holding industrielle classique à un investisseur pur-sang dans le capital-investissement. Huth a travaillé pendant un quart de siècle chez le géant de l’investissement KKR, une expérience qui faisait de lui la personne idéale pour faire de GBL un acteur majeur du capital-investissement, c’est-à-dire du capital-risque dans des sociétés non cotées en bourse. En signe de son engagement et de sa confiance, il a acheté, lors de son entrée en fonction, pour 50 millions d’euros d’actions de la holding.

Ian Gallienne, quant à lui, est devenu président de GBL. Avec son épouse, il contrôle 75 % de la holding Eagle, qui détient à son tour 16 % de GBL. 25 % d’Eagle sont détenus par Gérald Frère. Ce dernier contrôle quant à lui 75 % de la holding NPM, dont sa demi-sœur détient 25 %.