ING verse 1,6 million d’euros dans le cadre de l’affaire pénale concernant Didier Reynders

Didier Reynders (Photo : Belga Images)

Entre 2001 et 2017, le politicien libéral Didier Reynders s’est rendu 245 fois à un distributeur automatique pour y déposer des espèces. En moyenne 3 414 euros à chaque fois, soit un montant total de 836 500 euros. Au cours de cette période, Reynders a été ministre fédéral des Finances jusqu’en 2011 et ministre fédéral des Affaires étrangères, du Commerce extérieur et des Affaires européennes jusqu’en 2014. En 2017, il a changé de mode opératoire. Les paiements en espèces ont été remplacés par des virements e-Lotto. Il l’a fait 779 fois entre 2017 et 2024, pour un montant total de 202 491,35 euros, soit 260 euros par virement. Au cours de cette période, de 2019 à 2024, il était commissaire européen chargé de la Justice. Par ailleurs, sur une période de 25 ans, il a déposé 1 million d’euros de fonds suspects auprès de la banque ING Belgique. Cette banque accepte désormais un accord à l’amiable dans le cadre duquel elle versera une somme forfaitaire de 1,6 million d’euros en échange de l’abandon des poursuites pénales. Reynders, pour sa part, affirme qu’il a simplement investi les bénéfices de la vente d’œuvres d’art dans des jeux de grattage.

Selon le parquet, ce revirement en 2017 n’est pas le fruit du hasard. Fin 2016, Reynders a été mis en cause dans l’affaire « Kazachgate ». En tant que ministre des Finances, Reynders serait intervenu pour accélérer l’adoption de la loi dite de « rachat » au profit de Patoch Sjodijev, un oligarque controversé de nationalité belge. Reynders a toujours qualifié ces accusations d’« insinuations criminelles sans fondement ». Le parquet de Bruxelles estime qu’il est devenu plus prudent en matière de transactions en espèces après l’affaire du « Kazachgate ».



Pendant un quart de siècle, Reynders a déposé au total 1 038 991,35 euros de fonds suspects à la banque ING. Cette dernière n’a tiré aucun signal d’alarme. Aucun signalement n’a été adressé à la Cellule de renseignement financier, alors qu’il s’agit d’une obligation légale dans le secteur bancaire en cas de pratiques criminelles présumées. C’est la Banque nationale de Belgique qui, le 30 avril 2025, a informé le procureur du Roi de Bruxelles, Julien Moinil, de faits potentiellement punissables. Il s’agit là aussi d’une obligation légale. La Banque nationale a alors formulé de sérieux soupçons de pratiques de blanchiment d’argent menées depuis des années par Didier Reynders, ainsi que de complicité d’une grande banque dans le blanchiment d’argent d’origine criminelle. L’enquête menée par le Service central de lutte contre la corruption, sous la direction de Moinil, confirme désormais ces conclusions. Deux anciens collaborateurs de la banque risquent des poursuites.

La banque échappe désormais à un procès pénal public grâce au paiement d’une amende de 1,6 million d’euros. Daphne Poets, d’ING Belgique, confirme l’accord à l’amiable de 1,6 million d’euros. « Il s’agit du moment choisi pour signaler des activités suspectes dans un dossier client spécifique. » La banque souhaite tourner la page sur ce chapitre du passé. « L’ING d’aujourd’hui n’est plus celle d’autrefois. Au fil des ans, notre approche, notre gouvernance et notre environnement de contrôle ont été fondamentalement renforcés et consolidés, avec des responsabilités clairement définies jusqu’au plus haut niveau. Nous suivons en permanence l’évolution de la réglementation et affinons sans cesse nos processus et nos contrôles », déclare-t-on officiellement.

Reynders lui-même n’a jamais réagi aux graves accusations portées par la justice. Son avocat, André Renette, plaide l’innocence et explique les dépôts en espèces, puis l’achat de tickets de loterie virtuels, par une addiction au jeu combinée à des gains provenant de la vente d’antiquités. Le parquet rejette cette thèse et a officiellement mis Reynders en examen pour blanchiment d’argent. Jean-Claude Fontinoy, bras droit de Reynders pendant de nombreuses années, et son ami antiquaire Olivier Theunissen ont également été officiellement mis en examen. Theunissen a été anobli à deux reprises en tant que Chevalier de l’Ordre de la Couronne et Chevalier de l’Ordre de Léopold, deux distinctions obtenues à chaque fois grâce à l’intervention de Didier Reynders.